Entre ta joue et mes larmes
D’un mot trop élancé
Maladroitement jeté aux vents
Mauvais,
Sans avoir élimé de nuances
Mes pensées hargneuses
J’ai malmené un bout de toi
Rosâtré ta joue laiteuse
Chamarré ta peau fougueuse
Honteuse billevesée
Tes yeux perlés de rosée chagrine
Effilent ma bile
Dans les revers d’un espace élastique
Sur les rebords d’un temps fripon aux recoins incertains
Ta larme assassine
A sa cime fragile
Sème le gel comme le vide s’aspire
L’infime aspérité
Qui retient ce délicat état de la matière en équilibre précaire
Sur ta chair rendue fébrile
Contient l’immense espace
Entre Toi électron et Toi émotion
Ce mot couteau
Saigne à vif et au vermillon tes coteaux empourprés
D’où jaillit une flopée de maux
Dont la part de moi
Est l’égale part de mes errances
Je le reprends
Ce mot parjure
Je me le remets dans le fût
Le noie dans mes déboires
L’endors au creux de mes erreurs
Buvons nos peines
Injectons-les en doses formelles
D’un peu plus qu’il n’en faut
Car il faut vivre de trop
Pour vivre du juste qu’il faut
Prenons-nous au jeu
Des hauts et des bas
Du rien et du tout
Des va et vient
Incessants
Récurrents
Indécents
Enivrons-nous follement
Du grand manège
humanesque
Ton regard se brouille à mon regard
Ta silhouette se trouble
de trouble en trouble
Mon visage s’inonde
D’une larme
Puis d’une autre
Et d’une autre
En sors
Fatal et animal
Un cortège larmoyant
Pour te dire Pardon
Pour t’accompagner là où l’on ne peut qu’être seul
A deux
Entre ta joue et mes larmes
Beaucoup de nous