Eva
De ces vers, je veux unir deux sphères
L’une au chant sépulcral, écho lointain des cœurs vivants
dont l’âme humaine pousse la porte du dernier souffle
L’autre au murmure sourd
qu’un ventre, rond et féminin, abrite en son dôme saint
C’est ici, sur cette Terre
Qu’un lien s’opère entre le sombre et la lumière
Qu’un trait d’union lie Magie à Mystère
Ces deux compagnons insatiables du genre humain
C’est d’ici, De ta chair
Que la vie cogne et virvolte
Pleine d’un cœur au rythme pugnace
Aux pulsations vivaces
Tandis qu’une vie nouvelle assaille tes entrailles
Mille questions assiègent mes pensées
Me défont et me mènent au plus profond de moi-même
Je ne cesse de tourner, soupeser, enflammer
Ces abyssales réflexions à l’assaut de ma tête défaite
Ce petit être Là, tout près de moi
Est un bout de moi en toi, un bout de moi
Et Moi !
Le vertige me prend et me jette
A terre,
Sans ménagement
Je grelotte et me mêle
Au sombre mystère de cette enfant en fête
Semence utérienne
Germe vaginal aux racines cérébrales
D’un ébat fusionnel
C’est au creux de tes cuisses
Au fons du puits propice
Qu’un monde accole un monde
Où la sortie est une entrée
Où l’essence cherche le sens
Où Dieu devient présence
Tout se lie, plus rien ne s’isole,
Tout s’enchaîne, plus rien ne s’envole
La vie tonne la mort
La surface couve le fond
L’avant sonne l’après
L’au-delà englobe ici-bas
Le temps devient élastique
L’effet soutient la cause
La raison parle émotion
L’idée tenue –et ténue- entrevoit la faille
Le particulier s’unit à l’universel
Le singulier abrite la ressemblance
Les silences portent les mots
Les maux prennent la parole
La Terre courbe l’horizon
En tout homme perce le frère
Dans l’instant perle l’Eternel
Mais de ce sol, on se relève
Le corps se déploie
Le genoux s’encre à terre
Les mains épongent un front noyé de réflexions
Les sueurs s’évanouissent dans un grand frisson
Tout l’être se tend d’un ultime effort –prodigieux et gracieux-
Chaque muscle reprend consistance
Appel le très-haut pour enterrer le très-bas
Puis l’œil accroche un bout d’éternité
Une idée fugace sur le moment, tenace sur la durée
Une idée morte à la raison, inscrite dans le sang –sang de mon enfant-
Elle s’écoule et suit le cours
De la rivière intemporelle
Illustre torrent qui couvre la Terre depuis l’aube des temps
Source effroyable où le rien tient le tout
Embouchure magnifique où la fin se nomme commencement
De Sapiens à Moise
De Socrate à César
De Jésus à Vinci
De Colomb à Voltaire
De Hugo à Matisse
De Einstein à Coltrane
Ce fleuve sanguin –flux mirifique-
Alimente l’humanité, homme par homme
D’homme en homme
Unit chaque Un en un grand dessein
Flot divin aux vertiges carmins
Il inonde le monde
Se découvre sans une ombre
Dans le crépuscule rougeoyant
Fil conducteur, fil vermillon
Fil de vie, fil d’Ariane
Il unit chaque individu au précédent
Fait de l’un l’autre, de l’autre moi
Soudain, mon œil se grise de rouge
S’injecte de sang
L’humanité tambourine mes tempes
Emplir mon âme d’une orgie vibratoire
Je vois demain bien plus fort qu’avant
Je perçois hier au travers de ce cœur battant, mon Enfant
Je serai le même autrement
Je serai le même différemment
Mais toujours fidèle à moi-même
Ce n’est pas dans l’étoile
Que se trouve la sève de vie
Mais dans la veine vulnérable
De l’enfant en sursis
Car ne nous y trompons pas
Ne soyons point aveugle aux signes des éléments
A ce que le regard offre de vérité
Le dernier soupir se loge dans le premier cri
Un cri annonciateur de vie
Un soupir dénonciateur du pire
Mais ce pire nommé disparition d’une pudeur déplacée
Ou décès, histoire de conceptualiser le fait
N’est en rien une flamme qui s’éteint
Ce dernier souffle, celui des êtres choyés, des êtres aimés
Est une lucidité, une conscience aigue de notre présence,
De La présence
Cette vie qui se construit avec patience
Reflète l’absence, absence de mes parents
Absence de leur souffle à l’épaule
Absence de leur regard qui étirait le temps bien avant mon regard
Mais ce renvoie n’est en rien une blessure, une déchirure
Ou un quelconque tourbillon appelant le fond
C’est au contraire un pont, un lien insaisissable et saisissant
Entre deux rives, entre deux regards distants
Alors de ce premier cri célébrons La Vie
Un cri qui éclate la Vie de mille couleurs
Qui pointe l’éphémère vers l’éternel
Qui pulse le cœur d’une angélique frénésie
Qui explose les sens d’une diabolique joie de vivre