Eva

Publié le par laurent fournier

De ces vers, je veux unir deux sphères

L’une au chant sépulcral, écho lointain des cœurs vivants

dont l’âme humaine pousse la porte du dernier souffle

L’autre au murmure sourd

qu’un ventre, rond et féminin, abrite en son dôme saint

 

C’est ici, sur cette Terre

Qu’un lien s’opère entre le sombre et la lumière

Qu’un trait d’union lie Magie à Mystère

Ces deux compagnons insatiables du genre humain

 

C’est d’ici, De ta chair

Que la vie cogne et virvolte

Pleine d’un cœur au rythme pugnace

Aux pulsations vivaces

 

Tandis qu’une vie nouvelle assaille tes entrailles

Mille questions assiègent mes pensées

Me défont et me mènent au plus profond de moi-même

Je ne cesse de tourner, soupeser, enflammer

Ces abyssales réflexions à l’assaut de ma tête défaite

Ce petit être Là, tout près de moi

Est un bout de moi en toi, un bout de moi

Et Moi !

 

Le vertige me prend et me jette

A terre,

Sans ménagement

Je grelotte et me mêle

Au sombre mystère de cette enfant en fête

Semence utérienne

Germe vaginal aux racines cérébrales

D’un ébat fusionnel

 

C’est au creux de tes cuisses

Au fons du  puits propice

Qu’un monde accole un monde

Où la sortie est une entrée

Où l’essence cherche le sens

Où Dieu devient présence

 

Tout se lie, plus rien ne s’isole,

Tout s’enchaîne, plus rien ne s’envole

La vie tonne la mort

La surface couve le fond

L’avant sonne l’après

L’au-delà englobe ici-bas

Le temps devient élastique

L’effet soutient la cause

La raison parle émotion

L’idée tenue –et ténue- entrevoit la faille

Le particulier s’unit à l’universel

Le singulier abrite la ressemblance

Les silences portent les mots

Les maux prennent la parole

La Terre courbe l’horizon

En tout homme perce le frère

Dans l’instant perle l’Eternel

 

Mais de ce sol, on se relève

Le corps se déploie

Le genoux s’encre à terre

Les mains épongent un front noyé de réflexions

Les sueurs s’évanouissent dans un grand frisson

Tout l’être se tend d’un ultime effort –prodigieux et gracieux-

Chaque muscle reprend consistance

Appel le très-haut pour enterrer le très-bas

 

Puis l’œil accroche un bout d’éternité

Une idée fugace sur le moment, tenace sur la durée

Une idée morte à la raison, inscrite dans le sang –sang de mon enfant-

Elle s’écoule et suit le cours

De la rivière intemporelle

Illustre torrent qui couvre la Terre depuis l’aube des temps

Source effroyable où le rien tient le tout

Embouchure magnifique où la fin se nomme commencement

 

De Sapiens à Moise

De Socrate à César

De Jésus à Vinci

De Colomb à Voltaire

De Hugo à Matisse

De Einstein à Coltrane

Ce fleuve sanguin –flux mirifique-

Alimente l’humanité, homme par homme

D’homme en homme

Unit chaque Un en un grand dessein

Flot divin aux vertiges carmins

Il inonde le monde

Se découvre sans une ombre

Dans le crépuscule rougeoyant

Fil conducteur, fil vermillon

Fil de vie, fil d’Ariane

Il unit chaque individu au précédent

Fait de l’un l’autre, de l’autre moi

 

Soudain, mon œil se grise de rouge

S’injecte de sang

L’humanité tambourine mes tempes

Emplir mon âme d’une orgie vibratoire

Je vois demain bien plus fort qu’avant

Je perçois hier au travers de ce cœur battant, mon Enfant

Je serai le même autrement

Je serai le même différemment

Mais toujours fidèle à moi-même

 

Ce n’est pas dans l’étoile

Que se trouve la sève de vie

Mais dans la veine vulnérable

De l’enfant en sursis

Car ne nous y trompons pas

Ne soyons point aveugle aux signes des éléments

A ce que le regard offre de vérité

Le dernier soupir se loge dans le premier cri

Un cri annonciateur de vie

Un soupir dénonciateur du pire

Mais ce pire nommé disparition d’une pudeur déplacée

Ou décès, histoire de conceptualiser le fait

N’est en rien une flamme qui s’éteint

Ce dernier souffle, celui des êtres choyés, des êtres aimés

Est une lucidité, une conscience aigue de notre présence,

De La présence

 

Cette vie qui se construit avec patience

Reflète l’absence, absence de mes parents

Absence de leur souffle à l’épaule

Absence de leur regard qui étirait le temps bien avant mon regard

Mais ce renvoie n’est en rien une blessure, une déchirure

Ou un quelconque tourbillon appelant le fond

C’est au contraire un pont, un lien insaisissable et saisissant

Entre deux rives, entre deux regards distants

Alors de ce premier cri célébrons La Vie

Un cri qui éclate la Vie de mille couleurs

Qui pointe l’éphémère vers l’éternel

Qui pulse le cœur d’une angélique frénésie

Qui explose les sens d’une diabolique joie de vivre

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